09/12/2006

 

Trois oiseaux picoraient au jardin.

 

Ils ont pris le maquis alors que je sortais dans la cour.

 

 Leurs pirlouis médisaient de moi. «A l'homme, à l'homme» craient-ils, épouvantés.

 

Savaient-ils que je m'avançais vers eux parce que l'homme m'épouvante aussi.

 

22:26 Écrit par ptitanne dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

30/05/2006

Deux arbres

Ma mère devait n’avoir pas plus de dix ans lorsqu’on les a plantés dans la terre tendre et nue, une avenue calme alors, eux fragiles arbrisseaux appuyés maladroits contre leurs tuteurs, deux gosses encore. Ils avaient eu le temps de s’adopter l’un l’autre, de nouer des conversations semblables avec le vent, les oiseaux et les chats errants, entre la lumière et le passage des vélos.

 

Puis, quand ils étaient devenus assez forts, c’étaient les enfants qui s’appuyaient contre eux, et aussi quelques vieux qui passant la main sur leur écorce y cherchaient leur souffle pour prolonger leur promenade. Mille fois j’avais dû passer distraitement devant eux dans mes allées et venues, et dans mon sot empressement je crois que je ne les avais pas vus, au fond leur feuillage ressemblait à celui de leurs voisins, surtout en ces derniers jours de printemps, où leurs fleurs avaient à peine gardé quelques derniers pétales.

 

Puis la nuit de samedi, un homme ayant eu très soif sans doute, a joué aux quilles, il a manqué le virage et brisé les deux arbres. Ce n’est rien, l’homme est en vie, ce n’est rien… Juste deux arbres de la commune, plantés sur une avenue sans grande importance, il y aura place pour y garer les voitures.

 

C’est le sifflement d’une tronçonneuse qui m’a tirée du sommeil, dans le noir je ne distinguais pas bien. Mais ce bruit de mes deux arbres qui s’effondrent l’un après l’autre, deux rois qu’on a chassés de leur royaume, ce tremblement résonne encore dans la chambre, il résonne et prend toute la place, ce grondement je crois que la Terre entière a dû l’entendre, et la petite plante sur ma table basse, dans son immobilité apparente, je l’ai entendue se tendre tout entière vers la fenêtre et vers la rue. J’ai mis un long moment avant de laver ma tête de cette chute et de ce bruit, retrouver le sommeil.

 

Mardi matin, un camion-benne s’est arrêté, un homme aux mains lourdes en est sorti, sans délicatesse il a repoussé quelques branches avec le pied. Une mâchoire énorme s’est ouverte, soulevé les branches et puis les morceaux des troncs, pour les amasser dans la benne, en appuyant dessus pour faire place.

 

Longtemps je suis restée accoudée au divan, derrière le rideau comme font les badauds, je voulais voir ces petites feuilles dépassant du camion, recroquevillées sur elles-mêmes pour chercher sans doute si tout au fond quelque part il restait un peu de vie. Je voulais les regarder, ne pas les quitter des yeux jusqu’à ce que le camion disparaisse au bout de la rue.

 

On m’a dit un jour que ce n’est pas en leur centre que les arbres portent la vie, mais à l’écorce. En heurtant leur écorce je crois que la voiture les avait touchés en plein cœur.

 

Mais les arbres sont éternels, je le sais. Je le vois bien, j’habite un ancien verger, et à chaque endroit où un arbre a poussé, l’herbe est un peu plus verte, un peu plus haute, un peu plus vive que partout autour. Bien après eux, la terre se souvient des arbres qu’elle a nourris, et eux y dessinent leur espace d’une encre indélébile.

 

Un jour peut-être, sans doute, ce grondement lancinant de deux arbres qui s’effondrent, je cesserai de l’entendre, et j’irai voir, là où les passants déjà reprennent leur course, le signe d’une présence qui n’en finit pas.

13:21 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

01/05/2006

 

 
J’attends d’avoir une maison de lumière et de silence pour écouter pousser la terre.

 

J’attends qu’il n’y ait plus personne à une terre à la ronde, pour pouvoir m’écouter pousser aussi.

 

J’attends de me poser en lisière du monde

pour n’avoir à faire que demeurer sans cesse dans l’inquiétude d’être au monde.

 

J’attends de naître plus que cela.

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17/04/2006

L'imprévu

Il fait encore calme ce dimanche.

A vrai dire beaucoup de jours ressemblent à des dimanches dans les «maisons de long séjour »; on y sent le tabac et les excréments, peut-être pour cela qu’il y fait si calme, les places occupées dehors sont rassurantes, les journées rangées comme les décors et l’air frais, apaisant. Tout est en place, et il est entendu que rien n’échappe à la règle.

 

Vous lui rendez visite trois fois par semaine. Il n’y a pas toujours quelque chose à dire. Ajuster le mouvement de votre âme au silence et à la lenteur de l’endroit est malaisé. Toujours cette fièvre de faire ou de dire, ramener le linge à laver, ranger une armoire. Elle non plus n’aime pas cela. Elle tire les mots en avant, elle s’échappe dans des généralités absurdes, vous l’aidez à rattraper le coup, rebondir sur une anecdote.

 

-Il n’y a personne. Tout le monde a l’air occupé.

-Il y a toujours à faire, en bas. Elles préparent le repas du soir, elles s’occupent de quelqu’un. Peut-être un imprévu…

 

Vous vous arrêtez, vous vous penchez sur cette dernière phrase, peut-être un imprévu, vous l’avez prononcée de manière détachée, vous avez décoré cette phrase d’un air naturel, presque monotone, en haussant un peu les épaules.

 

L’imprévu c’est que la mort passe de temps à autre, bouleversant les occupations, dérangeant les planifications, salissant les choses avec leur ordre établi. Un léger contretemps.

Quand ça arrive, d’ailleurs, personne n’entend jamais rien. Quelques jours plus tard, notant l’absence de tel pensionnaire ─qui prenait sans doute plus de place que les autres, vous vous enquissez et la chose est là, déjà dépassée, on est  «passé à autre chose», les choses ont repris leur place ─depuis le temps !

 

Peut-être y a-t-il un endroit nu encore de nos vertiges de tout accomplir, où le langage de la mort est dans toutes les écoles puisqu’elle prend déjà sa place dans le silence des dimanches comme dans le bruit de nos villes. Je brûle de m’entendre parler cette langue sans crainte de m’abîmer, et m’entendre dire que plus encore que de dimanches elle parle de vie et de choses légères.

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20/03/2006

Le cygne

C’est l’ultime confidence, l’ultime parole.

Son chant du cygne.

Une parole qui, pour prendre le poids qui la rend presque tangible, a mis une vie et toutes les choses qui l’ont précédée et nourrie.

Une parole qui se jette en avant, qui s’élance sans se soucier du tonnerre qu’on entendra avec elle.

Elle n’a pas besoin de parler fort pour autant. Sa résonance tient toute seule. Mais parce qu’elle dit l’achèvement on ne l’entend qu’à moitié : on la tient comme un flambeau, on utilise sa lumière pour éclairer les premiers livres, on lui ferait dire n’importe quoi. On cherche les signes. Il doit bien s’en trouver qui annonçaient la mort du poète, ces morts-là s’annoncent toujours. Il faut en trouver, et vite. On en fera un autre ouvrage, pour dire ce qu’il n’a pas dit, on rapiécera son âme à prix d’argent.

Et ça tombe bien, remarquez : le cygne, on avait oublié son allure ; longtemps que les canards et les antennes du monde l’avaient oubliée. L’enfant têtu méritait bien d’être envoyé au coin : on ne dit pas de pareilles choses sur les invités, surtout quand les invités sont de braves gens, et qu’ils offrent toujours des sucreries.

Du reste on attendit qu’il grandisse, c’est-à-dire qu’il apprenne les bonnes manières. Or la fracture était évidente, la brûlure bien trop vive, elle ne s’éteindrait pas, à moins qu’il change de marre ─ou qu’il s’éteigne lui-même.

C’est d’ailleurs ce qui s’est passé. Et les braves gens se pressent au parvis de l’église.

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Les maux

Il était arrivé avec ses maux roulés dans sa poche et ses doigts qui se tordaient autour, comme un mouchoir noué au pli d’une mauvaise mémoire. Il s’en servirait au moment qu’il se sentirait menacé, toujours ça pour se tenir à distance ou pour parer les coups. Une habitude qu’il traînait depuis l’enfance. Une idée de la mère. Quand ce n’était le papier au cartable pour garder le bord de la piscine, c’était le talc sur le front et deux jours de plus sous le pommier. Avec les récriminations du maître ─s’il ne vient pas que fera-t-il d’autre mais qu’importe, l’astuce avait fait ses preuves et ne méritait pas d’être mise au placard pour si peu, qu’on ait neuf ans ou bien cinquante.

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Etre et faire

L’être ou le faire. Pas d’alternative, pas grand-chose à tisser entre ces deux-là.

Peut-être parce que l’espace entre eux est trop fin, que la lumière peine à y entrer.

Un seul rai de lumière où tenir, l’instant minuscule du choix entre le premier et le second, le clair et l’obscur, l’absence au monde ou le bruit des salons. Et la grâce de demeurer sans fin dans cette seule question.

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19/01/2006

 

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15/01/2006

Carte postale

C’est une carte postale qui a survécu à quelques-unes de ses semblables, lors d’un déménagement. Une écriture raffinée, si fine qu’il est surprenant qu’elle dise autant l’empressement, celui de se revoir, avant Pâques.

 

Pâques comme les fêtes de fin d’année et les anniversaires, point de rendez-vous pour voir si tout le monde est encore là. Parfois, il y a une place vide. Parfois, il y a une chaise haute autour de laquelle tout le monde se serre. Le nouveau-né, tout le monde le regarde, tout le monde veut le tenir contre soi, tout le monde l’embrasse, même à distance. La place vide aussi, on la regarde mais le plus souvent il convient de ne pas trop en parler.

 

Sur la carte postale c’est d’une place vide dont il s’agit. M. ne rentre que lundi, et Pâques sera déjà passée. « Le printemps commence enfin à se laisser deviner, il nous permettra de repartir d’un bon pied, vers le beau temps ». Cela, et les mille baisers qui l’accompagnent. Il y aurait donc autre chose dans ce que je désignais comme n’était que parlotte et bavardage inconsistants. Se dire les choses, ou au moins gratter un peu la fine pellicule qui les entoure, les faire prendre l’air sans trop les découvrir, puisque tout le monde ne sera pas au rendez-vous, carrefour où tous se saluent avant de poursuivre la danse.

 

Dans cette histoire de temps qu’il fait, à bien y regarder, à contre-jour, il me semble y trouver plus que le temps du ciel, mais le temps de l’homme, « allons, tu es là, tu es inscrit au journal des présences, continuons, la vie va ». On va de l’avant. Car c’est toujours de cela qu’il s’agit, aller de l’avant. On en revient toujours à cela : continuer; marcher quand même. Malgré le reste qui ne marche pas, pour le reste qui ne marche pas, et parce que tout est voué à s’arrêter, demain matin peut-être. Qu’il fasse pluie ou beau temps.

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Jeter la veste

Les personnes qui s’arrêtent en rue pour se parler du temps qu’il fait m’ont toujours laissée songeuse. Qu’il s’agisse de se dire tout cela pour en arriver à se dire soi, peu importe. Ce n’est pas du temps perdu. C’est comme ouvrir une porte, se dévêtir, jeter la veste sur un meuble, soit. Après, on se tutoie. Mais il arrive que la porte s’ouvre si lentement qu’on reste à l’écouter grincer longuement, après quoi il est trop tard ; l’autre a déjà quitté la pièce, alors on lâche la poignée, on change de couloir.

 

Ceux-là parlent du temps sans s’arrêter de marcher, alors ils ralentissent un peu et se disent tout ça en riant. Ca se termine toujours comme ça, en riant. Comme s’il fallait toujours sous-entendre, amicalement, qu’on n’a pas une minute à perdre. « Tu sais comment ça va, il y a les enfants, les courses,… » Mais cela, ils ne le disent jamais tout haut.

 

La plupart des gens, d’ailleurs, on n’a pas besoin de les voir. Les enfants et les courses suffisent à remplir leur vie. Les jours où l’on s’attarde à jeter la veste et à dépasser les normales saisonnières, on se dit qu’il est bon de se revoir, qu’on devrait faire ça plus souvent. On se dit aussi qu’on s’appellera, un de ces quatre, qui n’arrivera pas bien sûr. Les enfants, les courses, vous savez,… L’entrée des autres, les vestes jetées l’une sur l’autre dans le salon, c’est comme ces objets qu’on achète aux marchés d’artisanat : si tôt qu’ils font leur entrée dans la maison, on s’aperçoit qu’ils ne s’accordent avec rien. Pourtant, tout à l’heure, on aurait juré qu’ils allaient changer la vie entière, chaque objet semblait contenir exactement ce qui manquait pour que la maison soit plus gaie ou plus fraîche, pour que la vie soit plus légère, même les jours d’averse. Or il n’y a pas suffisamment de place dans une maison pour accueillir le charme du marché avec tous ses attributs : les couleurs, les odeurs, et la lenteur qui s’installe. Les gens à qui l’on promet de les revoir leurs ressemblent en cela qu’ils ne s’accordent pas à nos meubles intérieurs, surtout ceux qui parlent fort et mènent la danse partout où ils se trouvent. Il est arrivé qu’on partage un café ou une salle de cinéma sans avoir rien à se dire, je veux dire à part les normales saisonnières. Mais ces gens-là ne le remarquent pas toujours —et moi non plus, sans doute.

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 Je m'ennuie

Je m’ennuie. Bien sûr, il y a toujours à faire, il faut toujours s’attendre aux regards étonnés : comment peut-on se tenir immobile et désoeuvré au beau milieu d’une foule aussi animée. N’ai-je pas suffisamment prouvé que je n’avais décidément aucun talent pour ces jeux de rôles qui gobent jusqu’à la moëlle de leurs vies. C’est à croire que ces jeux-là n’ont aucun dénouement ; si au moins on savait quel est le pactole, et si ça vaut la peine de se donner ces airs-là.

 

Il y a eu les rues sales des bidonvilles, avec le vert lumineux et surnaturel de la rizière en pleine mousson. Réappris à manger avec les doigts, marché nu-pieds sous la pluie. Vous rentrez et, très vite, vous redevenez le pantin assoiffé, et vous ne savez jamais de quoi.

 

Vous cherchez du matin jusqu’au soir. Des choses à faire, du linge à plier, une armoire à ranger, et cela ne suffit pas. Alors vous prenez racine devant un écran, vous ne l’oubliez que le temps d’un repas, et lorsqu’enfin vous l’éteignez, le même silence intérieur vous tasse, de toute sa pesanteur il vous tasse jusqu’à faire de vous un bloc de bois sec, qui craque à chaque fois qu’on le déplace. Parce ce sont les autres qui finissent pas vous déplacer. Mais fais quelque chose donc, du sport par exemple. Sors de chez toi, vois des gens. A quoi bon, ils n’ont pas grand-chose de plus à dire, leur silence fait plus de bruit que le mien, voilà tout. Vous avez marché en ville, vous êtes de retour, on vous demande : « Es-tu entré quelque part, ou dans un magasin ?»

-Oui, dans absolument tous.

-Et tu as trouvé ce que tu cherchais ?

-Non, puisque je ne cherchais rien.

 

Echangé quelques banalités avec une vendeuse de vêtements-très-en-vogue, de ceux que tout le monde porte pour ne ressembler à personne en s’accordant à tout le monde.  Sortie sans avoir rien acheté –puisque besoin de rien–, croisé une petite fille qui tenait dans son poing fermé une sucette rouge et blanche. Lorsque j’avais ton âge petite fille, il suffisait de cela, exactement de cela, un bâton ramassé sur une pelouse, une coccinelle et j’avais de quoi tisser le costume d’une journée entière. Pardonne-moi, petite file, j’ai juste pris en poids et en taille, alors on m’a dit que ces choses n’étaient plus suffisantes. Suffisantes pour quoi, cela il va bien falloir un jour que l’on me le dise.

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Vernissages

Je déteste les vernissages. Tout le monde demeure debout, le verre à la main, à sortir des exclamations à chaque nouvelle entrée. Tout le monde parle mais personne ne dit rien, et peu regardent ce qui fait l’objet de l’exposition.

 

Nous étions une quinzaine à avoir partagé les bancs d’une même école il n’y a guère plus d’une douzaine de mois. Aujourd’hui, ces exclamations, ce sont les nôtres. Elles durent peu. Que deviens-tu, je travaille, je cherche, j’ai achevé de, je tente de. On a vite fait le tour. On se regarde ou plutôt on regarde le blanc qui prend tellement de place qu’il est temps de boire un peu de vin, histoire d’occuper les mains, au moins cela.

 

La vérité c’est que tous miment la joie de se revoir et qu’il n’y a personne, il y a méprise : on n’a plus rien à se dire. Pis encore : avant, on ne parlait pas non plus. Je ne parle pas de parler, cette parlotte, ce bavardage, faire du bruit, avoir l’air de, faire partie –je parle de dire ce qui anime, ce qui met en marche, ce qui fait que lorsque rien ne justifie que l’on sorte du lit on le fait quand même, oui, ça m’intéresse plus de savoir les chose dont le costume paraît sans importance, les misérables détails la vie immédiate, directe, sans écran, ça m’intéresse plus de savoir le dernier film qui t’a arraché des larmes, si tu es amoureux, si tu t’es réellement trouvé dans chacune des choses que tu fais.

 

Mais allez-y dire aux présents qu’ils sont absents parce qu’ils ne disent rien en croyant tout dire, allez-y, vous. Allez leur dire que vous avez besoin de plus de silence pour les entendre, que c’est le vide qui vous intéresse. Ce qui les met en marche et non leur démarche.

Ou leur dire qu’il est inutile de vous dire comment ils vont, depuis un ou dix ans, parce qu’il est clair –mais jamais avoué– que l’effort serait trop intense et qu’il vaudrait mieux tout résumer par je me fous de vous revoir et plus rien n’est à ajouter. Il y a toujours des êtres plus fins, qui le disent (sans le dire) et vous saluent en un bref sourire, et de traverser la pièce pour examiner la toile au fond de la pièce –alors que la minute qui précédait cet instant ils ne s’en préoccupaient pas. Le message est clair. Voilà au moins des gens sincères. Ceux-là, on les traitera d’antisociaux. La vérité est qu’ils se portent bien mieux avec la réalité sociale que nous, si pressés de paraître et de parler le langage appris, interminable et monotone.

 

J’ai toujours choisi moi-même de pousser la porte du dehors. Car dans le bruit on ne voit que les absents, et je n’ai pas trouvé de place qui me soit propre au salon. Ce n’est pas que l’œuvre exposée me soit indifférente. Au contraire. Mais je préfère le jardin, les coins reculés où l’ion se retire pour chuchoter ce qu’il y a de plus proche à nos vies, entre coupes de champagne et eau claire. Pardonnez s’il m’est impossible de patienter jusqu’à la fermeture. Oui, c’est cela, c’est exactement cela : dans le bruit, on ne voit que les absents.

16:14 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/12/2005

je vous aime sans vous

Je vous aime sans vous, ainsi soit-il, comment vous dire mon grand chahut quand le drap qui l’entoure vous fait croire au linceul ; la vie chante en-dedans, elle chante aussi fort qu’un moineau en plein avril.

 

Je vous aime sans vous, mes verres d’errance, je les avale sans avaler les jours, puisque les jours sont trop grands, bien trop grands pour un seul ventre, ah ! si vous l’entendiez, ce ventre –mais vous l’entendez, ou plutôt vous entendez ce qui fait du bruit, or je vous parle du silence qui fait vibrer la corde de l’âme, je dis âme comme je dis… Toute chose qui vous relie à plus grand que vous, le tambour de vos vies, votre vie sans intermédiaire enfin.

 

Je vous aime sans vous, à travers ce seul silence puisque le nom des choses leur ôte toute résonance, en les devançant il restreint leur territoire, or ces choses-là ont besoin de toute la place pour s’allonger, et tout ce qu’elles entraînent avec elles.

 

J’aime en silence, il faut l’entendre, le vent dehors battra la porte mais ne griffera pas la tempe où bat l’inaudible. Les foules où le secret se jette en plein visage, les recommandations ont fait leur temps, mon doux même lui ne l’entendra pas, je l’aime en silence, depuis qu’au sien s’est cognée ma parole, déboîtant mon abritance.

14:59 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

16/12/2005

 

Henri rit
sourit l'Henri
il est si doux le miracle de sa petite personne
qu'à chaque fois sa douceur le précède
alors qu'il entre dans la pièce

14:33 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

il pleut,...

il pleut
il pleut tant
il pleut tellement
comment peut-il pleuvoir autant pour un seul ciel
quand il cessera de pleuvoir il y aura un trou immense
plus que la Terre
avec vue sur paradis

14:32 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

31/08/2005

 Les artistes

Allongée sur le lit de sa mère, elle sera bientôt mère aussi. Les premières douleurs l’ont tirée du sommeil, comme l’enfant à naître va déchirer le sommeil de sa vie entière. Elle ne connaît pas ce que certains nomment le sentiment maternel. Elle ne l’aura pas davantage après le premier cri.  «La nuit rend songeuse ; ce n’est que la nuit, Clarissa», dit placidement la mère.

 

C’est une histoire d’artistes, qui plument les riches et les dévêtissent de leur parure pour garnir le ciel des étincelles de leur génie. Jeunes, presque beaux et surtout, uniques. A celui qui s’éveille à la passion tout semble être d’une virginité aussi prometteuse qu’un nouveau jour à son premier rayon.

 

J’aurais voulu savoir faire autre chose. Avec l’entraînement je suis devenue experte dans les choses inutiles. Le monde est peuplé de rapaces et de paons. J’ignore si j’aurais fait un paon habile, de ceux si habiles qu’ils en ont oublié leur nature première : un produit de fabrication.


19:36 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

04/07/2005

Les marchés aux couleurs

Au marché aux couleurs, on ira d’abord le pas traînant. Puis on s’arrêtera devant un objet, ensuite un autre décidément mieux que le premier, enfin les yeux bondiront en tous sens, comme si tout soudain était brûlant ; on voudrait tout ramener, mais on ne se décidera que pour un seul.

 

Voilà tout le charme de ces endroits, c’est que chaque objet semble contenir exactement ce qui manquait pour que la maison soit plus gaie ou plus fraîche, pour que la vie soit plus légère, même les jours d’averse.

 

Or les pièces ne sont pas assez spacieuses pour que l’atmosphère entière du marché aux couleurs entre dedans, avec sa musique et ses odeurs, alors on n’achètera qu’un seul objet inutile en vérité, et qui ne trouvera pas sa place à côté du reste. Débarrassé de son costume de fête, étranger au cœur d’une pièce où tout à coup il fait si calme, il ne trouvera de conversation ni avec les livres trop sagement rangés, ni avec les courbes de la table du salon.

17:17 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Mes dégâts automatiques

Y a pas d’armoire pour ranger tout ce brol ? Y a un de ces brols, un brol originel, la grande origine, on y est nu comme un ver, à se rouler dedans il va bien falloir que ça s’écrase, on va ranger tout ça tout ce qui encombre et salit, les draps blancs des jours où rien ne se passe, et ça rassurait tout le monde, que rien ne se passe ! A présent, ils sont tout gris du brol alentour. Allez, évacuez, les dessous de table et les dessus d’hiver, que tout soit propre il faut que ça brille.


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28/05/2005

Bonne nouvelle

Et alors que je me lèverai un peu plus tôt que de coutume, alors que tout est encore enveloppé d’un épais drap de silence, j’entendrai, dans l’immense salle de réunion des oiseaux, leur piaillement sans retenue; à aucun moment ils ne parleront aussi fort, comme s’ils venaient d’apprendre une bonne nouvelle —le jour qui se lève, sans doute, car rien n’est aussi peu sûr qu’un lendemain, il nous eût fallu naître merle ou moineau pour pouvoir l’entendre.


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06/05/2005

ça

Ca doit être écrit quelque part, dans les archives stockées à l’entrepôt de l’éternel, qu’il n’y a que ça. Il n’y a que pour ça que les gens font ce qu’ils font, pour ça qu’ils naissent, pour ça qu’ils meurent de la façon dont ils meurent, et pour ça qu’entre les deux ils lancent le ballon plus haut, pour ça qu’ils font des enfants, pour ça qu’ils continuent quand même. Pour ça qu’ils le cherchent encore lorsqu’il n’y a plus rien à faire.

Même les vieux et même leurs chiens. Même ceux qui, parce que ça les a surpris, choisissent pour s’en protéger un métier plus prudent, rationnel, si terriblement terre-à-terre qu’ils passent dessous sans que quiconque s’en soit aperçu.

 

Les écrivains écrivent pour s’exprimer, disent les élèves modèles. Les photographes photographient pour annoncer ou dénoncer. Les comédiens comédient pour contredire ou contrefaire. Les bâtisseurs bâtissent pour loger ou détruire.

 

Mais les peintres. Qu’est-ce qu’ils font les peintres, alors que tous les autres parlent, eux ramènent au silence, avec ceux-là tout reprend le chemin de l’œuf, de la mère, tout est au retour, tout le temps.

 

Dans les salons il y a des dames qui en parlent les lèvres pincées, des érudits qui de leur parole rugueuse fissurent ce silence, faisant de cette mise à mort ce que fièrement ils appellent carrière. Ne savent-ils pas que ceux qui se tiennent au plus proche de l’indicible n’en disent rien, ou le disent en chuchotant. Ils portent sur leur front la pâleur moite d’un enfant qui écoute ébloui le bruit d’une eau lointaine, et que son oreille collée au coquillage fait toute proche.

 

Ce retour en soi par les voies de l’émotion, tout ce qui vit le porte en soi. Tout regarde ailleurs, mais tout y revient comme un immense jeu de jokari. Des humains livrent aux humains des émotions pré formatées, alors les humains ne suivent plus que ce qui fait du bruit, ils n’entendent plus que l’énorme, l’incroyable, ils ne touchent plus à la matière brute de leur vie, qui contient à elle seule tout le bouillonnement qu’ils cherchent partout ailleurs.

 

Et c’est ça qui va tout remodeler, l’intelligence sensible ouvrira à l’ère nouvelle, oui, j’ose dire qu’un simple état d’esprit, état d’âme, état d’être au monde va ouvrir au réveil, à la résurgence du Tout.

00:44 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

22/04/2005

Les manifestants

La foule était dense ce matin-là sur la route qui mène à Malville.
Si dense qu'on ne distinguait plus son âme du reste, une seule âme portée en mouvement, un mouvement lent qui s'étire, s'étire.
 
Les hommes chuchotaient quelque chose tandis que les femmes avaient barricadé tout en dedans, et gare au premier insolent qui aurait songé à en faire sauter les barrières.
Et les enfants, pliés sur eux et pliés sur elles, leurs mères, on ne les voit pas mais eux qui voient tout alentour, qui prennent tout à l'intérieur, et qui gardent tout, le silence assourdissant, et tout ce qu'il porte avec lui.
 
Mais qu'est-ce que le silence peut porter aussi haut, alors que le ciel est si bas, et lourd de tout ce qu'il ne leur dit pas, il va bien falloir que cela tombe sur leurs têtes, alors peut-être qu'ils entendront, peut-être bien.
 
Mais pour l'heure le bloc d'âmes avance, avec alentour les champs et la terre où le pied cherche à se poser.
 
Un cri, soudain, qui suit une tou
x rauque, usée. «Lâchez les voiles !» Un instant de rien, et juste après ce rien, les mains se lèvent avec à leur bout des papiers pliés, travelling avant, ils sont pliés en deux, non, en douze, ce sont des voiles de papier, elles quittent les mains, glissent sur le vent, et le vent tourbillonne et rentre chez lui, avec attaché à son dos les voiles de papier.
 
On attendra jusqu'à ce que ça cogne au-dessus.
Le grand barbu va bien devoir se réveiller.


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28/03/2005

Chemins de traverse

Sa voix est un peu rauque, crasseuse. Et la crasse, ça le connaît. C’est lui qui le dit. Sa voix qui cherche les notes, avec des accords un peu maladroits. Et son regard. Jamais sans doute je ne reverrai d’autre regard aussi glaçant que celui-là.

 

Mais déjà il se tait, on a ouvert la porte ─« maintenant ça suffit ». On lui a ôté la guitare, et avec elle la voix rauque un peu crasseuse. Après le bruit des clés ce sont ses mains qui disent alors, fermées mais j’entends leur parole, mêmes les doigts noués ; « on n’a pas besoin de fenêtres pour rêver ». Cet endroit-là, c’est un bloc de silence où parfois quelques mots clandestins se frayent un passage ; ce n’est pas qu’on n’en veut pas, vous comprenez. Mais les choses sont ce qu’elles sont, et le reste se crie au travers d’un silence qui donne tout à voir.

 

« Une discipline de fer

Sur des cheveux de soie

Oh ! Seigneur, comme j’aimerais être libre

Seulement quelques minutes

Pour oublier la prison et ses lois

Et pour te regarder

Ma jeune fiancée »

 

Et puis de l’autre côté, plus près d’ici il y a Rosie. Elle arpente le couloir. En passant devant votre porte, elle vous adresse un signe de la main, chaque doigt se lève, un, puis l’autre et redescend formant avec les autres une vague, comme le font les mères à leurs jeunes enfants lorsqu’elles s’en vont, même lorsqu’ils ont cinquante-cinq ans. Quand on lui demande comment elle va, elle vous dit « Je rentre chez moi demain, je rentre à Cologne», alors vous la saluez, Rosie, lui souhaitez bon voyage.

 

Elle vous le dira demain encore, et puis le demain de demain, et le surlendemain encore. Personne ne vient la voir, enfin je le crois. Elle s’est tissé une famille avec la dentelle de ses photos, de grandes photos dans des cadres à dorures, du doigt elle désigne la femme qu’elle était, en précisant qu’elle était une grande danseuse, sur les photos on la reconnaît bien, Rosie, alors que fait-elle ici, me le direz-vous.

 

Auf wiedersehen, Rosie. Faites bon voyage…

 

 

On n’a pas besoin de fenêtres pour passer au-delà.

Certains le diront bien, qu’on est fou, ça leur donne mal au ventre qu’on se dérobe au regard bienveillant de la raison, qui ne sait rien des chemins de traverse.


15:27 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

27/03/2005

Le réveil

Deux mille ans qu’on en parle.

 

Deux mille ans qu’il chuchote, qu’il crie parfois; deux mille ans qu’il meurt, deux mille ans qu’il se relève.

 

Vendredi soir.

L’église est pleine, ce n’était plus arrivé depuis longtemps.

 

Il a achevé sa course, une fois encore il est arrêté, le silence pèse de tout son poids, déjà sa tête avec le bois forme l’angle tout droit jusqu’au milieu d’eux.

 

Jusqu’au milieu d’eux où un nouveau-né fait entendre son cri, un cri qui résonne la vie d’un bout à l’autre de l’église, insolent, reprend son souffle et crie encore, encore. On n’entend plus que lui.

 

Il me semble que la mort, lorsqu’elle vient de prendre place, et lorsqu’on lui prête l'oreille, ressemble à ce cri d’un nouveau-né, qui remplit tout l’espace, minuscule cellule de lumière qui s’étire s’étend se déploie ; il me plaît de penser encore que les fleurs qui s’ouvrent à la lumière de mars lorsqu’elle s’annonce, parlent ce même langage du gazouillis d'un nouveau-né à son réveil.


22:15 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

19/03/2005

Quand je m'en va

Que sa vue m’ait été agréable ou affreusement déplaisante, lorsque je quitte un visage, une âme –lorsque je quitte un être enfin, à chaque fois, il est en moi une mélodie intérieure qui s’éveille et tournoie comme un enfant sauvage, ou comme un fou, qui rit ou qui chuchote, à moins qu’il ne se mette à hurler et faire crisser les violons, lorsqu’il y en a, ou qu’il s’agisse d’une ritournelle légère et déchirante  –un air de barbarie sans doute, têtu qui se plaque à moi comme un vêtement trempé, increvable petit pantin, je l’entends clairement et fortement, il me dit tout de vous en moi, le mouvement de mon âme sous vos yeux après eux, la dangereuse fascination, ou l'indifférence, ce que je veux que vous voyiez au travers de mes dehors, et que vous ne verrez pas et que je ne verrai pas, mais que j'entends à présent malgré moi.


01:14 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

16/03/2005

Le mariage

Son bras prit le mien avec la grâce des grandes dames qu’elle fréquentait jadis. En accordant mon pas au sien, j’avançai avec elle jusqu’au petit salon.  Un homme se tenait là, assis dans l’un des divans, et se leva immédiatement en reconnaissant petite Mama.

« Lambert ! Vous êtes là ! » s’exclama-t-elle en levant les bras au ciel et dessinant un large sourire.

-Je m’appelle Johnny, ma chérie, répondit l’homme. Elle m’appelle toujours ainsi, m’adressa-t-il en clignant de l’œil.

-Comme vous êtes beau, lui dit petite Mama en caressant un peu maladroitement sa joue.

L’homme était déjà loin dans les âges, ses cheveux et sa démarche le trahissaient -mais les rides qui contournaient merveilleusement les dessins de son visage étaient rares et délicates.

-Sans doute pas aujourd’hui, plaisanta-t-il, je ne me suis pas rasé ce matin !

Mais petite Mama ne l’avait pas entendu, et de ses yeux bleus comme de tout son être elle lui rendait visite, dans un silence emprunt d’une chose toute proche de l’adoration.

-Je suis très heureux de vous revoir, prononça l’homme.

 

L’instant d’après –un instant-éclair– c’étaient la femme globale et l’homme global qui se rencontraient pour la première fois, toute femme et tout homme, la première femme et le premier homme, la femme de tous les temps et l’homme de tous les temps, la femme de toutes les terres et l’homme de toutes les terres. Dieu qu’ils étaient beaux, comme ils le furent il y a soixante-quinze ans sans doute, et parce que loin sous leur peau l’essence de toute leur âme est intacte et transparaît par-delà leurs dos même courbés.

 

Une, deux, trois baisers de chaque côté de la tête et petite Mama me devança, alerte et l’œil malicieux qui regardait un peu de côté tandis qu’elle passait la porte, comme l’aurait fait une enfant de dix ans après qu’elle eût volé quelque chose d’une valeur inestimable.

 

Le lendemain elle demanda qu’on lui apporte une alliance. « Toutes les dames au petit salon en portent une à leur doigt» justifia-t-elle. 

Ne sais-tu pas, petite Mama, que tu es la mère de tant d’âmes alors qu’aujourd’hui tu te maries, sans robe blanche, sans église, et sans homme ; et tandis que tu rayonnes sur nous comme un soleil qui fait fi de tout vent contraire, nous te portons en nous chaque jour que Dieu donne, comme on porte un nouveau-né.


14:56 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

15/03/2005

Chaise musicale

Pour la première fois sur ma planète, un relais musical... un clin d'oeil à Sel et Sucre (http://sel-et-sucre.skynetblogs.be)

 

Combien y a-t-il de fichiers musicaux sur votre ordinateur ?

 

Oserais-je l'avouer... 516.

 

Quel est le dernier cd que vous avez acheté ?

 

«Orgues de barbarie». Je cherchais un cd de bruitages... et j'ai craqué.

 

Dernière chanson écoutée avant de lire ce message ?

 

«Le vent nous portera» de Noir Désir. J'aime beaucoup ce jeu de guitare, et cet art de parler de choses graves avec légèreté.

 

Donnez 5 chansons que vous écoutez souvent ou qui comptent beaucoup pour vous.

 

-Le paradis blanc de Michel Berger;

-Frappe avec ta tête de Daniel Balavoine;

-Across the universe des Beatles;

-Joga de Björk;

-The show must go on de Queen.

 

A qui allez-vous passer le relais (3 personnes) et pourquoi ?

 

A Just de Passage http://just-de-passage.skynetblogs.be car j'aime la sensibilité qu'il met dans les mots qu'il adresse à nos bambins, je suis curieuse de savoir ce qu'il écoute depuis le fond de son canapé lorsqu'il s'y blottit...

A Neige http://neige-litterature.skynetblogs.be car au travers de ses lignes elle se dévoile toute de zen, ça mérite d'en savoir plus sur ce qui la «pousse en avant».

A blanc public http://blancpublic.canalblog.com parce que nous sommes deux fous et que je voudrais un peu lever le voile...


22:12 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20/02/2005

Il y a du monde

Son regard ne nous regarde pas vraiment. Depuis quelques jours il accompagne le mouvement de quelque chose devant, autour, le manège incessant de silhouettes qui vivent leur vie en parallèle, tiens, là,… la porte vient de s’ouvrir, l’as-tu vu ? Les têtes se tournent, les épaules se soulèvent et puis tombent, on n’a rien vu. « Non, c’est trop tard. Il a disparu. Tu sais, comme si on avait passé une éponge…» soupire-t-elle en dessinant un cercle avec le bras.

Mais enfin, tout cela ne tient pas debout, on n’a laissé entrer personne. Tu as dû rêver.

 

Pourtant les heures se croisent et s’étirent, la nuit ôte sa pelisse de temps à autre pour enfiler celle du jour, la fille devient la mère, enfin il s’en passe des choses, tiens l’autre jour encore, tu sais la fête, des hommes jouaient à la pétanque, et tu y étais aussi, t’en souviens-tu ?

 

Les enfants ont beau gesticuler de l’autre côté de la pièce, elle semble à peine les voir, son sourire est plus las, son dos se courbe un peu plus que de coutume, elle a passé la nuit à marcher, que voulez-vous, il y avait du monde… et personne ne la croit.


19:27 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

07/02/2005

Le cadeau

Elle était arrivée par la porte vitrée qui donnait sur la rue, vêtue comme elle le faisait alors, d’un pardessus ligné aux couleurs vives qui lui donnait l’allure d’une étrangère, peintre ou poète, le sac en bandoulière de tissu usé, ses boucles brunes espiègles qui rebondissaient sur son front pâle.

 

Nous étions à peine entrées dans la petite pièce lorsque sa main a plongé dans le sac pour en sortir un morceau de bois. C’est pour ton anniversaire. Mais à cet âge-là on ne marche pas encore, on s’étonne, les rires montent maladroits, je ne marchais pas encore, je m’étais étonnée, mon rire était monté maladroit, que voulez-vous qu’on fasse d’un morceau de bois, j’étais entourée d’arbres, Petit Panthéon m’avait appris à y grimper jusqu’à la cime, d’où on s’emparait de la ville entière; je connaissais alors chaque feuille de chaque branche de chacun des douze arbres de la prairie, je rassemblais dans des boîtes en carton la sève que pleurait le cerisier, juste à côté des pommes de pin.

 

Que voulez-vous qu’on fasse d’un morceau de bois sec venant d’un arbre éteint depuis dix mille neuf cent cinquante-huit jours et qu’on n’a jamais épousé, qu’on n’a jamais embrassé, même pas caressé. Même lorsqu’il est gravé anniversaire dessus avec mon prénom à côté.

 

Morceau de bois a pris place sur la table de nuit, un peu pour faire plaisir à Bouclebrune, un peu pour pouvoir le surveiller ce nouveau venu, il devait bien avoir des choses à raconter ─mais vite, sans quoi il prendrait place dans l’armoire, et qu’on en finisse. On ne fait pas autant d’histoires d’un morceau de bois sec.

La poussière s’est déposée sur Morceau de bois, les jours et les années s’y sont déposés avec elle, pour le rendre un peu plus clair encore, comme recouvert d’une neige fine et grise. Un des jours de l’une des années, mon père a décidé qu’il était épuisant de tondre en tournant autour d’un arbre, surtout lorsqu’il y en a plein la prairie, un homme est venu abattre tous les arbres pour ne rien laisser, que la pluie d’or contre la clôture.

 

Avec la neige-poussière, avec les jours avec les années, j’étais tombée aussi, j’étais tombée malade. Une maladie grave dont je n’ai compris la nature que bien plus tard : je manquais d’air. En faisant abattre les arbres mon père avait arraché mes racines et ma verdure intérieure, j’avais souffrance jusqu’à mon extérieur. Le besoin de vert s’est déposé peu à peu sur mon écorce pour la rendre de plus claire en plus claire, comme recouverte d’une neige fine et grise. Cette maladie exige un traitement de luxe, quelques kilomètres jusqu’au bois le plus proche pour consulter ces grands bonshommes recouverts de mousse, qui me considèrent d’un air un peu grave, prennent ma tension, toussez, inspirez profondément, expirez.

 

Mais on ne guérit pas d’un arbre. Alors de douze…

 

J’ai ôté la poussière pour qu’il puisse prendre l’air à nouveau, transpirer sa vie et la mienne avec, le morceau de bois sec.

14:19 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

21/01/2005

Prendre du poids

Toi dans les désordres des aéroports moi pour te suivre inaudible respiration restée accrochée quelque part -exactement entre le pli de ton cou et celui de ton pull-over.

 

Tu ne m’appelleras pas à ton retour –si tu reviens, personne ne nous prendra pour des amants, même en faisant semblant de perdre l’équilibre quand au tournant le chauffeur roule vite, trop vite, assurément autour de toi à une Terre à la ronde il n’est pas d’être plus libre, il ne faut rien regretter, c’est toi qui l’as dit, c’est comme revenir en arrière, prendre du poids, pourtant déjà je regrette de t’avoir dit de revenir au pays –on ne dit pas des choses pareilles, même à un sage, même à un fou, toi tu es ces deux-là; je vais allumer l’écran, j’écrirai quelques lignes, je verrai que les mots ont déserté mon endroit, j’essaierai leur envers, ils y feront ricochet, alors je choisirai d’éteindre, sauf les bougies et sauf l’encens, les images déborderont, avec les tissus de couleurs vives et avec tes pensées gingembre, terriblement gingembre, mais tu m’as rendue libre aussi, lavée de tant de tout, je me laverai de toi avec, je me laverai de l’encens, je me laverai du gingembre, laver, laver.

                                      

Je me laverai de toi, parce que ce n’est pas toi qui comptes, c’est ce que tu es dans tes gestes et dans ta langue maternelle, pas celle de ton pays mais celle de tes terres intérieures.

Tout ce qui restera, les jambes que tu m’as données pour marcher à travers, à travers…

 

Ainsi vont les choses et avec elles je vais aussi.


22:10 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

15/01/2005

Le salut

Je suis venue faire ce que j’avais à faire.

Bus n°1 à la descente du train jusqu’à la Place, ensuite les rues étroites, l’encens, le reste…

 

Mettre un son sur tes lèvres, t’entendre dessiner ton univers, ou si peu en vérité -car les fous et les poètes ne parlent jamais d’eux-mêmes vraiment, j’espère que tu es un fou, je pense que tu es un poète, comme ceux-là tu dresses un fin drap entre toi et le reste du monde, une toute petite distance, juste celle nécessaire pour s’y brûler vif sans perdre la curiosité intarissable de vivre -malgré cette brûlure.

 

On a refait le monde en quelques heures -mais au fond on aurait beau parler de soi au lieu du monde, tu le sais bien, on ne fait que se contempler soi-même; l’un en face de l’autre mais je ne vois que moi en reflet sur la vitre qui sépare je, moi, mon monde et loin devant, à deux secondes -de l’autre côté du verre, le tien. Nous ne nous y entrevoyons qu’à peine, juste de quoi s’adresser un salut bref, violent, urgent, mais qui n’engage à rien. 

 

Je crois comprendre, tu es le Strozzi dont parlait Sulivan, mais celui qui éclate son rire par-dessus les tables, dès lors ce rire, ceux qui te tournaient autour ne peuvent que l’accrocher au passage, et le faire leur, ou s'enterrer avec. Tu suis ta route, je peux reprendre la mienne. Au fond on n’appartient jamais à qui que ce soit, même un millimètre de seconde. On ne voit que ce qu’on souhaite voir sur les visages distraitement et pressement aimés, et ce soir sur les tout petits blancs qui séparent les regards, je n’avais pas aperçu les non-regards


01:37 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |