26/12/2003

La lettre

Ce soir lorsque je suis rentrée chez moi, du courrier m’attendait. Une lettre parmi les autres m’a donné la nausée. Un homme de Virginie pour lequel j’ai écrit une lettre il y a plusieurs semaines. Il risquait d’être exécuté. Je ne le connais pas. Je ne connais de lui que son nom. Il ne connaît ni ma ville, ni mon humeur, ni la pluie d’ici. S’il est encore en vie, il est toujours essoufflé. S’il le reste, peut-être le sera-t-il toujours.

 

La lettre indiquait que son exécution avait été décalée d’une semaine. Du 20 décembre à aujourd’hui. Il faut environ une semaine pour que mon destinataire trouve ma lettre sur son bureau. Mais la décision devait être prise aujourd’hui. Aujourd’hui. J’avais les doigts posés sur le papier quand j’ai seulement saisi. J’ai reçu un électrochoc, petit rien, une démangeaison comparée à ce qu’il a peut-être déjà ressenti à l’instant où j’écris. La lettre m’est parvenue trop tard, et avoir entre les mains cette arme en papier qui ne sert peut-être plus à rien déjà, me cogne la tête. C’est ce qui me reste pour lui adresser un signe depuis mon autre-bout-du-monde. A lui comme à tous les autres.

 

Les doigts que je croise sous ce carnet pour tous les condamnés depuis celui mort sur deux bouts de bois il y a deux mille ans, c’est la balle entrée trop tard dans mon arme. Ma seule et unique arme, ce bout de papier, et puis la plume. Avec l’espoir que tous ceux qui ont la responsabilité de supprimer ou non la peine capitale recevront eux aussi un peu de mon vertige.

 

Nous ne sommes pas encore assez nombreux dans ce combat. Amnesty est un terrain sur lequel je vais me battre jusqu’à ce qu’on me coupe les mains, et puis la langue. Je vais me battre pour ceux qu’on cherche à abattre. Je poserai, moi aussi, sur mes yeux un bandeau pour « rejoindre l’aveugle dans sa nuit ».

 

Et je hurlerai, j’enverrai des signaux lumineux à travers toutes les fenêtres de toutes les prisons que je traverserai. Et si l’on cherche à me faire taire je ferai pour eux une minute de silence pour le reste de ma vie.


19:19 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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