30/12/2003

Dans une bulle de savon, écrit le 28.12.02

Ce soir, après environ dix bonnes heures plongée jusqu'au sommet du crâne dans la jurisprudence des droits des marques et la contrefaçon de la loi sur la Convention de Berne elle-même comparée à celle de la loi sur le droit à l'image, je me suis surprise en train de faire des bulles de savon dans la cuisine…

 

Avez-vous oublié ces « concours de la plus grosse bulle » dans le coin d’une cour entre frères et sœurs, voisins de la voisine où des mélodies enfantines se mêlent aux exclamations des bonnes mamans qui tentent tant bien que mal de se partager entre ce jeu absurde et leur tricot à achever…

 

Tout l’art du gonflage de la Bulle du Siècle consiste à gonfler d’abord le thorax de manière à souffler tout  l’air entre le petit cercle de plastique et le mince filet de produit de vaisselle. C’est que ceci relève d’un exercice qui demande bien de concentration et de maîtrise : l’air doit être soufflé lentement, trèèès lentement,… et de m’émerveiller devant les dessins, les visages, les lapins et autres silhouettes de femmes ou de vieillards qui se dessinent pendant que grandit la bulle…

 

C’est à ce moment que l’on sait que la taille de la bulle importe bien moins que toutes ces formes, toutes ces histoires qui prennent vie là sous nos yeux. Mais chut… on n’en souffle mot : ce serait changer les règles du jeu, et puis ces rêves n’appartiennent qu’à nous, aussi se garderait-on bien de le révéler à quiconque… Tout se briserait. Qui sait ? Ces visages, ces silhouettes sont peut-être le mirage de réalités d’une lointaine contrée en cet instant même.

 

Ou ces personnages vivent une vie hors du temps, qui voit le jour dès qu’on arrondit les lèvres devant le cercle de plastique, et prend fin avec l’explosion de la bulle… Ce qui en résulte sont les fragments de produit de vaisselle qui, plus légers qu’une plume, virevoltent dans l’air pour disparaître à nos pieds. Que j’aimerais, à mon tour, vivre dans ces bulles, ou sur leur rebord s’il le faut, à l’abri du souffle du vent, voyager grâce à lui, mais à l’abri des fous.

 

Seul un gosse un peu trop rêveur ou qui se serait trouvé par mégarde un instant sur la voie des poètes m’aurait reconnue. Lui, s'il acceptait de se laisser surprendre, même des années plus tard, même les oreilles pleines du bruit des canons, il en écrirait des pages, et des pages et d’autres pages encore.

 

Pour ma part, aux bulles de savon, je préfère les boules de verre que l’on secoue et qui font danser des flocons de neige même en été. Parce que cela dure plus longtemps que les bulles de savon et parce que j’adore la neige. Enfant, j’en remplissais mes mains, et la lançais à contre-jour. Quand elle retombait sur mon visage,  en y pensant très fort, je parvenais parfois à suspendre le temps, avec la neige, juste au milieu du ciel.

 

J’ai écrit une chanson, l’été dernier sur ces boules de verre que tout le monde, en vérité, trouve ignoble. Ma chanson s’appelle Marchand de sable et raconte l’enfance perdue. Je crains avoir réellement cessé de grandir. Aussi, j’attends que fées et farfadets m’expliquent pour quelle raison, non de non, elles m’ont oubliée sur cette terre d’adultes !

 

Bah,… ouvrière du soir, je laisse là mon outil : sur leurs terres en friche, aucune moisson possible. La belle saison semble s’être évanouie...

 



19:49 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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