04/02/2004

La pudeur

Je tends un fruit.

 

La grâce que ce geste simple me laisse en arrière-goût à la manière de l’incontrôlable frisson  qui vient vous surprendre juste, juste à la meilleure ligne de votre chanson favorite, dépasse l’entendement. Et si je reçois une confidence en échange, c’est que Dieu est encore passé incognito…

 

Une autre grâce est cette force qui permet de déposer au cœur des gens qu’on les aime, quand on les aime. Et pas avant ; ni après. Je suis soulagée lorsque j’y parviens.

 

J’y suis parvenue hier. Tante Mama a nonante-trois ans. Elle s’inquiète de voir le temps taquiner son visage. Parfois même elle a honte de lui et face aux jeunes enfants elle préfère se cacher. Quel bonheur de lire son propre soulagement parce qu’elle sait à présent que toutes ces petites morts quotidiennes n’atténuent pas la tendresse que nous avons pour elle. Et qu’elle a le droit d’être un peu plus frileuse qu’elle l’était autrefois, se sentir plus fatiguée. Plus vulnérable.

 

C’est si curieux de voir qu’il est tant de gens auxquels il est interdit de dire qu’on y tient… Je l’apprends jour après jour à mes dépens. Il est des regards en réponse qui me font trembler sur mes certitudes. Mais bien moins que leur silence, car celui-ci vous assassine. Alors vous vous mordez les lèvres et bientôt vous ne sentirez même plus la pression qui les fait perler sous vos dents… Ca y est, vous êtes devenu spectateur. Vous êtes devenu gravité. Vous ne tomberez plus jamais amoureux, et c’est cela qui garantit votre survie. Continuez à marcher, à présent.

 

J’ai besoin de cette urgence-là… Me suivrez-vous ?


21:55 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

... Une impression de déjà vu! Bonne journée, Anne.

Écrit par : Hollynx | 05/02/2004

Hé bien... C'est plutôt bon signe, ça, non? ;-)

Écrit par : ptitanne | 07/02/2004

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