25/09/2004

Il arrive...

Il arrive qu’un ange traîne autour de vous, et que vous n’entendiez ni le bruit de ses ailes qui touchent l’air, ni ses mains qui entourent vos épaules, ni son souffle alentour.

 

Je partais en Inde avec au cœur un frisson tenace, lancinant, c’était tellement évident, tu n’allais pas s’en sortir. Je te revois encore aux couloirs des urgences, ton petit corps tuméfié, tu gémissais, je te soutenais la tête pour ne pas qu’elle roule sur les barreaux.

 

Bien sûr, tellement évident. Le médecin m’avait serré la main, je haïssais son regard compatissant, sa voix un peu trop douce lorsque j’allais à lui.  De jour en jour, sa voix se faisait semblable à un bourdonnement d’abeilles. «Les reins ne reprennent pas,… Peu de chance pour… Il nous reste à surveiller le poids… A son âge, plus aucune intervention… » Je te disais adieu à l’intérieur, du bout de l’âme, dans une langue que toi seule pouvais comprendre enfin si tu m’entendais du fond de ton ailleurs. Il fallait s'en douter qu'un jour cela arriverait, mais s'y prépare-t-on jamais vraiment, on y pense un court instant puis on chasse l'idée à grands coups de raison.

 

L’Inde. Première cabine téléphonique pour prendre de tes nouvelles, le pas qui traîne avant que mes doigts ne touchent le téléphone, et si, et si… je prendrai le premier avion.

 

Je n’ai repris l’avion qu’un mois plus tard, comme convenu au départ. A peine le temps de poser mon bagage, être à tes côtés, plus vite, plus vite encore. Petite Mama, tu étais là, debout devant moi, ton sourire, tes yeux qui pétillent, toi que je croyais avoir perdue, tu m’a prise dans tes bras avec la vigueur d’antan, comme si le ciel m’avait accordé une seconde chance. La fin du film ou un cauchemar, et puis quelqu’un qui me pince le bras, qui me secoue pour me dire : «c’était une erreur dans nos fichiers, une parenthèse, veuillez nous excuser vous pouvez reprendre votre route».

 

Une semaine encore et tu quittais l’hôpital en enlaçant chaque infirmière, tu rayonnais et j’ai vu les yeux du jeune médecin briller un peu trop fort. Je viens te voir chaque jour, comment puis-je encore manquer une seconde à tes côtés, mon petit miracle, petite Mama, on t’avait volée à moi et voici que tu me reviens plus vive encore qu’auparavant. Ton humour, ah ! ton humour, tes mains qui racontent et racontent encore. T’entendre rire à nouveau, te voir marcher, non je ne veux plus rien perdre. Toi si petite, mais du haut de ton âge chaque jour c'est toi qui me ramènes à la vie. 

 

«Il arrive que la mort vienne prendre vos mesures…»


21:10 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Et il arrive... qu'amour démésuré soit réellement mérité!

Écrit par : Christ | 26/09/2004

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