16/03/2005

Le mariage

Son bras prit le mien avec la grâce des grandes dames qu’elle fréquentait jadis. En accordant mon pas au sien, j’avançai avec elle jusqu’au petit salon.  Un homme se tenait là, assis dans l’un des divans, et se leva immédiatement en reconnaissant petite Mama.

« Lambert ! Vous êtes là ! » s’exclama-t-elle en levant les bras au ciel et dessinant un large sourire.

-Je m’appelle Johnny, ma chérie, répondit l’homme. Elle m’appelle toujours ainsi, m’adressa-t-il en clignant de l’œil.

-Comme vous êtes beau, lui dit petite Mama en caressant un peu maladroitement sa joue.

L’homme était déjà loin dans les âges, ses cheveux et sa démarche le trahissaient -mais les rides qui contournaient merveilleusement les dessins de son visage étaient rares et délicates.

-Sans doute pas aujourd’hui, plaisanta-t-il, je ne me suis pas rasé ce matin !

Mais petite Mama ne l’avait pas entendu, et de ses yeux bleus comme de tout son être elle lui rendait visite, dans un silence emprunt d’une chose toute proche de l’adoration.

-Je suis très heureux de vous revoir, prononça l’homme.

 

L’instant d’après –un instant-éclair– c’étaient la femme globale et l’homme global qui se rencontraient pour la première fois, toute femme et tout homme, la première femme et le premier homme, la femme de tous les temps et l’homme de tous les temps, la femme de toutes les terres et l’homme de toutes les terres. Dieu qu’ils étaient beaux, comme ils le furent il y a soixante-quinze ans sans doute, et parce que loin sous leur peau l’essence de toute leur âme est intacte et transparaît par-delà leurs dos même courbés.

 

Une, deux, trois baisers de chaque côté de la tête et petite Mama me devança, alerte et l’œil malicieux qui regardait un peu de côté tandis qu’elle passait la porte, comme l’aurait fait une enfant de dix ans après qu’elle eût volé quelque chose d’une valeur inestimable.

 

Le lendemain elle demanda qu’on lui apporte une alliance. « Toutes les dames au petit salon en portent une à leur doigt» justifia-t-elle. 

Ne sais-tu pas, petite Mama, que tu es la mère de tant d’âmes alors qu’aujourd’hui tu te maries, sans robe blanche, sans église, et sans homme ; et tandis que tu rayonnes sur nous comme un soleil qui fait fi de tout vent contraire, nous te portons en nous chaque jour que Dieu donne, comme on porte un nouveau-né.


14:56 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Etrange.... cette petite Mama ... on dirait que je la vois ....

Écrit par : just-de-passage | 17/03/2005

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