28/05/2005

Bonne nouvelle

Et alors que je me lèverai un peu plus tôt que de coutume, alors que tout est encore enveloppé d’un épais drap de silence, j’entendrai, dans l’immense salle de réunion des oiseaux, leur piaillement sans retenue; à aucun moment ils ne parleront aussi fort, comme s’ils venaient d’apprendre une bonne nouvelle —le jour qui se lève, sans doute, car rien n’est aussi peu sûr qu’un lendemain, il nous eût fallu naître merle ou moineau pour pouvoir l’entendre.


22:38 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

06/05/2005

ça

Ca doit être écrit quelque part, dans les archives stockées à l’entrepôt de l’éternel, qu’il n’y a que ça. Il n’y a que pour ça que les gens font ce qu’ils font, pour ça qu’ils naissent, pour ça qu’ils meurent de la façon dont ils meurent, et pour ça qu’entre les deux ils lancent le ballon plus haut, pour ça qu’ils font des enfants, pour ça qu’ils continuent quand même. Pour ça qu’ils le cherchent encore lorsqu’il n’y a plus rien à faire.

Même les vieux et même leurs chiens. Même ceux qui, parce que ça les a surpris, choisissent pour s’en protéger un métier plus prudent, rationnel, si terriblement terre-à-terre qu’ils passent dessous sans que quiconque s’en soit aperçu.

 

Les écrivains écrivent pour s’exprimer, disent les élèves modèles. Les photographes photographient pour annoncer ou dénoncer. Les comédiens comédient pour contredire ou contrefaire. Les bâtisseurs bâtissent pour loger ou détruire.

 

Mais les peintres. Qu’est-ce qu’ils font les peintres, alors que tous les autres parlent, eux ramènent au silence, avec ceux-là tout reprend le chemin de l’œuf, de la mère, tout est au retour, tout le temps.

 

Dans les salons il y a des dames qui en parlent les lèvres pincées, des érudits qui de leur parole rugueuse fissurent ce silence, faisant de cette mise à mort ce que fièrement ils appellent carrière. Ne savent-ils pas que ceux qui se tiennent au plus proche de l’indicible n’en disent rien, ou le disent en chuchotant. Ils portent sur leur front la pâleur moite d’un enfant qui écoute ébloui le bruit d’une eau lointaine, et que son oreille collée au coquillage fait toute proche.

 

Ce retour en soi par les voies de l’émotion, tout ce qui vit le porte en soi. Tout regarde ailleurs, mais tout y revient comme un immense jeu de jokari. Des humains livrent aux humains des émotions pré formatées, alors les humains ne suivent plus que ce qui fait du bruit, ils n’entendent plus que l’énorme, l’incroyable, ils ne touchent plus à la matière brute de leur vie, qui contient à elle seule tout le bouillonnement qu’ils cherchent partout ailleurs.

 

Et c’est ça qui va tout remodeler, l’intelligence sensible ouvrira à l’ère nouvelle, oui, j’ose dire qu’un simple état d’esprit, état d’âme, état d’être au monde va ouvrir au réveil, à la résurgence du Tout.

00:44 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |