15/01/2006

 Je m'ennuie

Je m’ennuie. Bien sûr, il y a toujours à faire, il faut toujours s’attendre aux regards étonnés : comment peut-on se tenir immobile et désoeuvré au beau milieu d’une foule aussi animée. N’ai-je pas suffisamment prouvé que je n’avais décidément aucun talent pour ces jeux de rôles qui gobent jusqu’à la moëlle de leurs vies. C’est à croire que ces jeux-là n’ont aucun dénouement ; si au moins on savait quel est le pactole, et si ça vaut la peine de se donner ces airs-là.

 

Il y a eu les rues sales des bidonvilles, avec le vert lumineux et surnaturel de la rizière en pleine mousson. Réappris à manger avec les doigts, marché nu-pieds sous la pluie. Vous rentrez et, très vite, vous redevenez le pantin assoiffé, et vous ne savez jamais de quoi.

 

Vous cherchez du matin jusqu’au soir. Des choses à faire, du linge à plier, une armoire à ranger, et cela ne suffit pas. Alors vous prenez racine devant un écran, vous ne l’oubliez que le temps d’un repas, et lorsqu’enfin vous l’éteignez, le même silence intérieur vous tasse, de toute sa pesanteur il vous tasse jusqu’à faire de vous un bloc de bois sec, qui craque à chaque fois qu’on le déplace. Parce ce sont les autres qui finissent pas vous déplacer. Mais fais quelque chose donc, du sport par exemple. Sors de chez toi, vois des gens. A quoi bon, ils n’ont pas grand-chose de plus à dire, leur silence fait plus de bruit que le mien, voilà tout. Vous avez marché en ville, vous êtes de retour, on vous demande : « Es-tu entré quelque part, ou dans un magasin ?»

-Oui, dans absolument tous.

-Et tu as trouvé ce que tu cherchais ?

-Non, puisque je ne cherchais rien.

 

Echangé quelques banalités avec une vendeuse de vêtements-très-en-vogue, de ceux que tout le monde porte pour ne ressembler à personne en s’accordant à tout le monde.  Sortie sans avoir rien acheté –puisque besoin de rien–, croisé une petite fille qui tenait dans son poing fermé une sucette rouge et blanche. Lorsque j’avais ton âge petite fille, il suffisait de cela, exactement de cela, un bâton ramassé sur une pelouse, une coccinelle et j’avais de quoi tisser le costume d’une journée entière. Pardonne-moi, petite file, j’ai juste pris en poids et en taille, alors on m’a dit que ces choses n’étaient plus suffisantes. Suffisantes pour quoi, cela il va bien falloir un jour que l’on me le dise.

17:36 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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