15/01/2006

Jeter la veste

Les personnes qui s’arrêtent en rue pour se parler du temps qu’il fait m’ont toujours laissée songeuse. Qu’il s’agisse de se dire tout cela pour en arriver à se dire soi, peu importe. Ce n’est pas du temps perdu. C’est comme ouvrir une porte, se dévêtir, jeter la veste sur un meuble, soit. Après, on se tutoie. Mais il arrive que la porte s’ouvre si lentement qu’on reste à l’écouter grincer longuement, après quoi il est trop tard ; l’autre a déjà quitté la pièce, alors on lâche la poignée, on change de couloir.

 

Ceux-là parlent du temps sans s’arrêter de marcher, alors ils ralentissent un peu et se disent tout ça en riant. Ca se termine toujours comme ça, en riant. Comme s’il fallait toujours sous-entendre, amicalement, qu’on n’a pas une minute à perdre. « Tu sais comment ça va, il y a les enfants, les courses,… » Mais cela, ils ne le disent jamais tout haut.

 

La plupart des gens, d’ailleurs, on n’a pas besoin de les voir. Les enfants et les courses suffisent à remplir leur vie. Les jours où l’on s’attarde à jeter la veste et à dépasser les normales saisonnières, on se dit qu’il est bon de se revoir, qu’on devrait faire ça plus souvent. On se dit aussi qu’on s’appellera, un de ces quatre, qui n’arrivera pas bien sûr. Les enfants, les courses, vous savez,… L’entrée des autres, les vestes jetées l’une sur l’autre dans le salon, c’est comme ces objets qu’on achète aux marchés d’artisanat : si tôt qu’ils font leur entrée dans la maison, on s’aperçoit qu’ils ne s’accordent avec rien. Pourtant, tout à l’heure, on aurait juré qu’ils allaient changer la vie entière, chaque objet semblait contenir exactement ce qui manquait pour que la maison soit plus gaie ou plus fraîche, pour que la vie soit plus légère, même les jours d’averse. Or il n’y a pas suffisamment de place dans une maison pour accueillir le charme du marché avec tous ses attributs : les couleurs, les odeurs, et la lenteur qui s’installe. Les gens à qui l’on promet de les revoir leurs ressemblent en cela qu’ils ne s’accordent pas à nos meubles intérieurs, surtout ceux qui parlent fort et mènent la danse partout où ils se trouvent. Il est arrivé qu’on partage un café ou une salle de cinéma sans avoir rien à se dire, je veux dire à part les normales saisonnières. Mais ces gens-là ne le remarquent pas toujours —et moi non plus, sans doute.

18:24 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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