15/01/2006

Vernissages

Je déteste les vernissages. Tout le monde demeure debout, le verre à la main, à sortir des exclamations à chaque nouvelle entrée. Tout le monde parle mais personne ne dit rien, et peu regardent ce qui fait l’objet de l’exposition.

 

Nous étions une quinzaine à avoir partagé les bancs d’une même école il n’y a guère plus d’une douzaine de mois. Aujourd’hui, ces exclamations, ce sont les nôtres. Elles durent peu. Que deviens-tu, je travaille, je cherche, j’ai achevé de, je tente de. On a vite fait le tour. On se regarde ou plutôt on regarde le blanc qui prend tellement de place qu’il est temps de boire un peu de vin, histoire d’occuper les mains, au moins cela.

 

La vérité c’est que tous miment la joie de se revoir et qu’il n’y a personne, il y a méprise : on n’a plus rien à se dire. Pis encore : avant, on ne parlait pas non plus. Je ne parle pas de parler, cette parlotte, ce bavardage, faire du bruit, avoir l’air de, faire partie –je parle de dire ce qui anime, ce qui met en marche, ce qui fait que lorsque rien ne justifie que l’on sorte du lit on le fait quand même, oui, ça m’intéresse plus de savoir les chose dont le costume paraît sans importance, les misérables détails la vie immédiate, directe, sans écran, ça m’intéresse plus de savoir le dernier film qui t’a arraché des larmes, si tu es amoureux, si tu t’es réellement trouvé dans chacune des choses que tu fais.

 

Mais allez-y dire aux présents qu’ils sont absents parce qu’ils ne disent rien en croyant tout dire, allez-y, vous. Allez leur dire que vous avez besoin de plus de silence pour les entendre, que c’est le vide qui vous intéresse. Ce qui les met en marche et non leur démarche.

Ou leur dire qu’il est inutile de vous dire comment ils vont, depuis un ou dix ans, parce qu’il est clair –mais jamais avoué– que l’effort serait trop intense et qu’il vaudrait mieux tout résumer par je me fous de vous revoir et plus rien n’est à ajouter. Il y a toujours des êtres plus fins, qui le disent (sans le dire) et vous saluent en un bref sourire, et de traverser la pièce pour examiner la toile au fond de la pièce –alors que la minute qui précédait cet instant ils ne s’en préoccupaient pas. Le message est clair. Voilà au moins des gens sincères. Ceux-là, on les traitera d’antisociaux. La vérité est qu’ils se portent bien mieux avec la réalité sociale que nous, si pressés de paraître et de parler le langage appris, interminable et monotone.

 

J’ai toujours choisi moi-même de pousser la porte du dehors. Car dans le bruit on ne voit que les absents, et je n’ai pas trouvé de place qui me soit propre au salon. Ce n’est pas que l’œuvre exposée me soit indifférente. Au contraire. Mais je préfère le jardin, les coins reculés où l’ion se retire pour chuchoter ce qu’il y a de plus proche à nos vies, entre coupes de champagne et eau claire. Pardonnez s’il m’est impossible de patienter jusqu’à la fermeture. Oui, c’est cela, c’est exactement cela : dans le bruit, on ne voit que les absents.

16:14 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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