19/01/2006

 

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15/01/2006

Carte postale

C’est une carte postale qui a survécu à quelques-unes de ses semblables, lors d’un déménagement. Une écriture raffinée, si fine qu’il est surprenant qu’elle dise autant l’empressement, celui de se revoir, avant Pâques.

 

Pâques comme les fêtes de fin d’année et les anniversaires, point de rendez-vous pour voir si tout le monde est encore là. Parfois, il y a une place vide. Parfois, il y a une chaise haute autour de laquelle tout le monde se serre. Le nouveau-né, tout le monde le regarde, tout le monde veut le tenir contre soi, tout le monde l’embrasse, même à distance. La place vide aussi, on la regarde mais le plus souvent il convient de ne pas trop en parler.

 

Sur la carte postale c’est d’une place vide dont il s’agit. M. ne rentre que lundi, et Pâques sera déjà passée. « Le printemps commence enfin à se laisser deviner, il nous permettra de repartir d’un bon pied, vers le beau temps ». Cela, et les mille baisers qui l’accompagnent. Il y aurait donc autre chose dans ce que je désignais comme n’était que parlotte et bavardage inconsistants. Se dire les choses, ou au moins gratter un peu la fine pellicule qui les entoure, les faire prendre l’air sans trop les découvrir, puisque tout le monde ne sera pas au rendez-vous, carrefour où tous se saluent avant de poursuivre la danse.

 

Dans cette histoire de temps qu’il fait, à bien y regarder, à contre-jour, il me semble y trouver plus que le temps du ciel, mais le temps de l’homme, « allons, tu es là, tu es inscrit au journal des présences, continuons, la vie va ». On va de l’avant. Car c’est toujours de cela qu’il s’agit, aller de l’avant. On en revient toujours à cela : continuer; marcher quand même. Malgré le reste qui ne marche pas, pour le reste qui ne marche pas, et parce que tout est voué à s’arrêter, demain matin peut-être. Qu’il fasse pluie ou beau temps.

19:00 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Jeter la veste

Les personnes qui s’arrêtent en rue pour se parler du temps qu’il fait m’ont toujours laissée songeuse. Qu’il s’agisse de se dire tout cela pour en arriver à se dire soi, peu importe. Ce n’est pas du temps perdu. C’est comme ouvrir une porte, se dévêtir, jeter la veste sur un meuble, soit. Après, on se tutoie. Mais il arrive que la porte s’ouvre si lentement qu’on reste à l’écouter grincer longuement, après quoi il est trop tard ; l’autre a déjà quitté la pièce, alors on lâche la poignée, on change de couloir.

 

Ceux-là parlent du temps sans s’arrêter de marcher, alors ils ralentissent un peu et se disent tout ça en riant. Ca se termine toujours comme ça, en riant. Comme s’il fallait toujours sous-entendre, amicalement, qu’on n’a pas une minute à perdre. « Tu sais comment ça va, il y a les enfants, les courses,… » Mais cela, ils ne le disent jamais tout haut.

 

La plupart des gens, d’ailleurs, on n’a pas besoin de les voir. Les enfants et les courses suffisent à remplir leur vie. Les jours où l’on s’attarde à jeter la veste et à dépasser les normales saisonnières, on se dit qu’il est bon de se revoir, qu’on devrait faire ça plus souvent. On se dit aussi qu’on s’appellera, un de ces quatre, qui n’arrivera pas bien sûr. Les enfants, les courses, vous savez,… L’entrée des autres, les vestes jetées l’une sur l’autre dans le salon, c’est comme ces objets qu’on achète aux marchés d’artisanat : si tôt qu’ils font leur entrée dans la maison, on s’aperçoit qu’ils ne s’accordent avec rien. Pourtant, tout à l’heure, on aurait juré qu’ils allaient changer la vie entière, chaque objet semblait contenir exactement ce qui manquait pour que la maison soit plus gaie ou plus fraîche, pour que la vie soit plus légère, même les jours d’averse. Or il n’y a pas suffisamment de place dans une maison pour accueillir le charme du marché avec tous ses attributs : les couleurs, les odeurs, et la lenteur qui s’installe. Les gens à qui l’on promet de les revoir leurs ressemblent en cela qu’ils ne s’accordent pas à nos meubles intérieurs, surtout ceux qui parlent fort et mènent la danse partout où ils se trouvent. Il est arrivé qu’on partage un café ou une salle de cinéma sans avoir rien à se dire, je veux dire à part les normales saisonnières. Mais ces gens-là ne le remarquent pas toujours —et moi non plus, sans doute.

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 Je m'ennuie

Je m’ennuie. Bien sûr, il y a toujours à faire, il faut toujours s’attendre aux regards étonnés : comment peut-on se tenir immobile et désoeuvré au beau milieu d’une foule aussi animée. N’ai-je pas suffisamment prouvé que je n’avais décidément aucun talent pour ces jeux de rôles qui gobent jusqu’à la moëlle de leurs vies. C’est à croire que ces jeux-là n’ont aucun dénouement ; si au moins on savait quel est le pactole, et si ça vaut la peine de se donner ces airs-là.

 

Il y a eu les rues sales des bidonvilles, avec le vert lumineux et surnaturel de la rizière en pleine mousson. Réappris à manger avec les doigts, marché nu-pieds sous la pluie. Vous rentrez et, très vite, vous redevenez le pantin assoiffé, et vous ne savez jamais de quoi.

 

Vous cherchez du matin jusqu’au soir. Des choses à faire, du linge à plier, une armoire à ranger, et cela ne suffit pas. Alors vous prenez racine devant un écran, vous ne l’oubliez que le temps d’un repas, et lorsqu’enfin vous l’éteignez, le même silence intérieur vous tasse, de toute sa pesanteur il vous tasse jusqu’à faire de vous un bloc de bois sec, qui craque à chaque fois qu’on le déplace. Parce ce sont les autres qui finissent pas vous déplacer. Mais fais quelque chose donc, du sport par exemple. Sors de chez toi, vois des gens. A quoi bon, ils n’ont pas grand-chose de plus à dire, leur silence fait plus de bruit que le mien, voilà tout. Vous avez marché en ville, vous êtes de retour, on vous demande : « Es-tu entré quelque part, ou dans un magasin ?»

-Oui, dans absolument tous.

-Et tu as trouvé ce que tu cherchais ?

-Non, puisque je ne cherchais rien.

 

Echangé quelques banalités avec une vendeuse de vêtements-très-en-vogue, de ceux que tout le monde porte pour ne ressembler à personne en s’accordant à tout le monde.  Sortie sans avoir rien acheté –puisque besoin de rien–, croisé une petite fille qui tenait dans son poing fermé une sucette rouge et blanche. Lorsque j’avais ton âge petite fille, il suffisait de cela, exactement de cela, un bâton ramassé sur une pelouse, une coccinelle et j’avais de quoi tisser le costume d’une journée entière. Pardonne-moi, petite file, j’ai juste pris en poids et en taille, alors on m’a dit que ces choses n’étaient plus suffisantes. Suffisantes pour quoi, cela il va bien falloir un jour que l’on me le dise.

17:36 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Vernissages

Je déteste les vernissages. Tout le monde demeure debout, le verre à la main, à sortir des exclamations à chaque nouvelle entrée. Tout le monde parle mais personne ne dit rien, et peu regardent ce qui fait l’objet de l’exposition.

 

Nous étions une quinzaine à avoir partagé les bancs d’une même école il n’y a guère plus d’une douzaine de mois. Aujourd’hui, ces exclamations, ce sont les nôtres. Elles durent peu. Que deviens-tu, je travaille, je cherche, j’ai achevé de, je tente de. On a vite fait le tour. On se regarde ou plutôt on regarde le blanc qui prend tellement de place qu’il est temps de boire un peu de vin, histoire d’occuper les mains, au moins cela.

 

La vérité c’est que tous miment la joie de se revoir et qu’il n’y a personne, il y a méprise : on n’a plus rien à se dire. Pis encore : avant, on ne parlait pas non plus. Je ne parle pas de parler, cette parlotte, ce bavardage, faire du bruit, avoir l’air de, faire partie –je parle de dire ce qui anime, ce qui met en marche, ce qui fait que lorsque rien ne justifie que l’on sorte du lit on le fait quand même, oui, ça m’intéresse plus de savoir les chose dont le costume paraît sans importance, les misérables détails la vie immédiate, directe, sans écran, ça m’intéresse plus de savoir le dernier film qui t’a arraché des larmes, si tu es amoureux, si tu t’es réellement trouvé dans chacune des choses que tu fais.

 

Mais allez-y dire aux présents qu’ils sont absents parce qu’ils ne disent rien en croyant tout dire, allez-y, vous. Allez leur dire que vous avez besoin de plus de silence pour les entendre, que c’est le vide qui vous intéresse. Ce qui les met en marche et non leur démarche.

Ou leur dire qu’il est inutile de vous dire comment ils vont, depuis un ou dix ans, parce qu’il est clair –mais jamais avoué– que l’effort serait trop intense et qu’il vaudrait mieux tout résumer par je me fous de vous revoir et plus rien n’est à ajouter. Il y a toujours des êtres plus fins, qui le disent (sans le dire) et vous saluent en un bref sourire, et de traverser la pièce pour examiner la toile au fond de la pièce –alors que la minute qui précédait cet instant ils ne s’en préoccupaient pas. Le message est clair. Voilà au moins des gens sincères. Ceux-là, on les traitera d’antisociaux. La vérité est qu’ils se portent bien mieux avec la réalité sociale que nous, si pressés de paraître et de parler le langage appris, interminable et monotone.

 

J’ai toujours choisi moi-même de pousser la porte du dehors. Car dans le bruit on ne voit que les absents, et je n’ai pas trouvé de place qui me soit propre au salon. Ce n’est pas que l’œuvre exposée me soit indifférente. Au contraire. Mais je préfère le jardin, les coins reculés où l’ion se retire pour chuchoter ce qu’il y a de plus proche à nos vies, entre coupes de champagne et eau claire. Pardonnez s’il m’est impossible de patienter jusqu’à la fermeture. Oui, c’est cela, c’est exactement cela : dans le bruit, on ne voit que les absents.

16:14 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |