20/03/2006

Le cygne

C’est l’ultime confidence, l’ultime parole.

Son chant du cygne.

Une parole qui, pour prendre le poids qui la rend presque tangible, a mis une vie et toutes les choses qui l’ont précédée et nourrie.

Une parole qui se jette en avant, qui s’élance sans se soucier du tonnerre qu’on entendra avec elle.

Elle n’a pas besoin de parler fort pour autant. Sa résonance tient toute seule. Mais parce qu’elle dit l’achèvement on ne l’entend qu’à moitié : on la tient comme un flambeau, on utilise sa lumière pour éclairer les premiers livres, on lui ferait dire n’importe quoi. On cherche les signes. Il doit bien s’en trouver qui annonçaient la mort du poète, ces morts-là s’annoncent toujours. Il faut en trouver, et vite. On en fera un autre ouvrage, pour dire ce qu’il n’a pas dit, on rapiécera son âme à prix d’argent.

Et ça tombe bien, remarquez : le cygne, on avait oublié son allure ; longtemps que les canards et les antennes du monde l’avaient oubliée. L’enfant têtu méritait bien d’être envoyé au coin : on ne dit pas de pareilles choses sur les invités, surtout quand les invités sont de braves gens, et qu’ils offrent toujours des sucreries.

Du reste on attendit qu’il grandisse, c’est-à-dire qu’il apprenne les bonnes manières. Or la fracture était évidente, la brûlure bien trop vive, elle ne s’éteindrait pas, à moins qu’il change de marre ─ou qu’il s’éteigne lui-même.

C’est d’ailleurs ce qui s’est passé. Et les braves gens se pressent au parvis de l’église.

20:58 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Les maux

Il était arrivé avec ses maux roulés dans sa poche et ses doigts qui se tordaient autour, comme un mouchoir noué au pli d’une mauvaise mémoire. Il s’en servirait au moment qu’il se sentirait menacé, toujours ça pour se tenir à distance ou pour parer les coups. Une habitude qu’il traînait depuis l’enfance. Une idée de la mère. Quand ce n’était le papier au cartable pour garder le bord de la piscine, c’était le talc sur le front et deux jours de plus sous le pommier. Avec les récriminations du maître ─s’il ne vient pas que fera-t-il d’autre mais qu’importe, l’astuce avait fait ses preuves et ne méritait pas d’être mise au placard pour si peu, qu’on ait neuf ans ou bien cinquante.

20:57 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Etre et faire

L’être ou le faire. Pas d’alternative, pas grand-chose à tisser entre ces deux-là.

Peut-être parce que l’espace entre eux est trop fin, que la lumière peine à y entrer.

Un seul rai de lumière où tenir, l’instant minuscule du choix entre le premier et le second, le clair et l’obscur, l’absence au monde ou le bruit des salons. Et la grâce de demeurer sans fin dans cette seule question.

20:56 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |