17/04/2006

L'imprévu

Il fait encore calme ce dimanche.

A vrai dire beaucoup de jours ressemblent à des dimanches dans les «maisons de long séjour »; on y sent le tabac et les excréments, peut-être pour cela qu’il y fait si calme, les places occupées dehors sont rassurantes, les journées rangées comme les décors et l’air frais, apaisant. Tout est en place, et il est entendu que rien n’échappe à la règle.

 

Vous lui rendez visite trois fois par semaine. Il n’y a pas toujours quelque chose à dire. Ajuster le mouvement de votre âme au silence et à la lenteur de l’endroit est malaisé. Toujours cette fièvre de faire ou de dire, ramener le linge à laver, ranger une armoire. Elle non plus n’aime pas cela. Elle tire les mots en avant, elle s’échappe dans des généralités absurdes, vous l’aidez à rattraper le coup, rebondir sur une anecdote.

 

-Il n’y a personne. Tout le monde a l’air occupé.

-Il y a toujours à faire, en bas. Elles préparent le repas du soir, elles s’occupent de quelqu’un. Peut-être un imprévu…

 

Vous vous arrêtez, vous vous penchez sur cette dernière phrase, peut-être un imprévu, vous l’avez prononcée de manière détachée, vous avez décoré cette phrase d’un air naturel, presque monotone, en haussant un peu les épaules.

 

L’imprévu c’est que la mort passe de temps à autre, bouleversant les occupations, dérangeant les planifications, salissant les choses avec leur ordre établi. Un léger contretemps.

Quand ça arrive, d’ailleurs, personne n’entend jamais rien. Quelques jours plus tard, notant l’absence de tel pensionnaire ─qui prenait sans doute plus de place que les autres, vous vous enquissez et la chose est là, déjà dépassée, on est  «passé à autre chose», les choses ont repris leur place ─depuis le temps !

 

Peut-être y a-t-il un endroit nu encore de nos vertiges de tout accomplir, où le langage de la mort est dans toutes les écoles puisqu’elle prend déjà sa place dans le silence des dimanches comme dans le bruit de nos villes. Je brûle de m’entendre parler cette langue sans crainte de m’abîmer, et m’entendre dire que plus encore que de dimanches elle parle de vie et de choses légères.

01:58 Écrit par ptitanne | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

Bonjour Je suis venu donc ici aussi et de là je vous adressse une salutation chaleureuse

à vous lire

Pierre

Écrit par : Pierre Clavilier | 19/04/2006

bonjour je suis passé prendre de tes nouvelles ...
merveilleuse journée a toi

Écrit par : coeurdenfant | 23/04/2006

Bonjour Ptitanne Ah oui la vie n'est pas simple à notre époque toujours courir le stress..en bref moi aussi je rève d'aller vivre ailleurs..à la côte belge ou le sud de la France je ne sais pas encore et si je n'avais pas mes animaux je pense que je partirais à l'aventure..côte Amérique, Afrique et qui vivra verra..
En attendant on est encore bien ici et il faut faire avec . Allez je te souhaite un bon dimanche il fait beau c'est gai. Bisous et amitiés

Écrit par : martine | 23/04/2006

.... On sent bien la monotonie enrobée de mélancolie, peut-être la fin d'une vie, ou simplement d'une tranche de vie, quoiqu'il en soit, penser tous les jours à la mort donne à la vie un nouvel essor.
Bisou jolie déesse des mots.

Écrit par : Yasmina | 24/04/2006

tu vas faire pleurer ma maman.. si je ne me trompe, l'endroit si bien décrit est celui où travaille ma maman..saches que de mon côté également, cet obscur sentiment m'envahit dès que je franchis la porte..

au plaisir d'avoir de tes nouvelles...

Écrit par : vincent | 25/04/2006

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